Neurodivergence
Pour la petite Ivy
Grandir avec une différence que personne ne savait nommer.
Depuis toute petite, je ne me suis jamais sentie à ma place.
Je ressentais tout. Trop fort, trop vite, trop souvent. Comme si je ne faisais pas vraiment partie du monde, mais que je le subissais de l’intérieur.
On me décrivait comme « bizarre », « trop sensible ». En réalité, j’étais surtout trop pleine de tout. Trop pleine d’émotions, de fatigue, de questions, de sensations que je ne savais pas encore nommer.
Il fallait que je m’adapte à un monde qui me semblait inconnu.
Je pensais qu’il était normal de pleurer devant la beauté d’un paysage, ou pour des animaux morts que je ne connaissais même pas. Je pensais aussi qu’il était normal de ne pas réussir à expliquer ce que je ressentais, de ne pas trouver les mots, alors que moi-même je ne comprenais pas ce qui se passait en moi.
Après une simple journée auprès des autres, je devais recharger mes batteries. Deux activités dans la même journée pouvaient suffire à me couper le souffle. Avec le temps, les choses les plus banales du quotidien sont devenues de plus en plus ardues.
J’ai vu un nombre incalculable de psychiatres et de psychologues. Je suis passée de diagnostic en diagnostic, sans toujours être réellement accompagnée.
« Mademoiselle, depuis le temps que je vous vois, je suspecte, en plus de votre anxiété généralisée, un possible trouble bipolaire. »
« Non, mademoiselle, vous êtes juste anxieuse. »
« Non, mademoiselle, vous avez un TDAH et vous êtes anxieuse. »
Puis il y a eu une hospitalisation de jour. Des médecins plus attentifs. Des personnes qui ont su m’orienter vers d’autres spécialistes.
Aujourd’hui, à 29 ans, j’ai été diagnostiquée autiste, TDAH, avec un trouble borderline. Je souffre également de stress post-traumatique, d’un trouble anxieux généralisé et d’une phobie sociale.
Le chemin a été long et périlleux. J’ai voulu abandonner plus d’une fois. J’étais épuisée dans tous les aspects de ma vie.
Mais je n’ai pas abandonné. Pas seulement pour moi. Pour la petite Ivy aussi, celle qui a souffert toute sa vie de sa différence sans jamais avoir les mots pour la comprendre.
Le soulagement a pris une immense place, mais il n’est pas venu seul. L’émotion m’a suivie. Elle m’a submergée. J’ai ressenti une peine immense pour l’enfant que j’ai été : une enfant qui n’a pas été comprise, qui a traversé des choses qu’elle n’aurait jamais dû subir.
J’ai grandi bien trop vite. Depuis quelques années seulement, j’essaie de rattraper le temps.
Aujourd’hui, j’ai décidé d’en parler avec sérénité, à cœur ouvert, sans tabou.
Parfois, le chemin est long. Il ne faut pas abandonner, même dans la fatigue, même dans l’anxiété. Ce n’est pas grave de chuter. Ce n’est pas grave d’avoir des doutes.
Le plus important, peut-être, c’est d’apprendre à s’aimer.
Parce que nos différences ne sont pas des erreurs à corriger. Elles sont aussi le cœur et la beauté de ce monde.